Le
premier semestre étant achevé, je peux maintenant résumer mes cours pour la postérité. Cher lecteur, tu n'es vraiment pas obligé de subir cet article probablement assez peu attrayant. Cependant, étant donné que mon
futur rapport d'étude ne doit expressément pas se consacrer qu'à mes voyages, je suis donc dans l'obligation de parler boulot de temps en temps.
Ayant été particulièrement sérieux en début de semestre, ce qui m'étonne encore, j'ai non pas quatre, cinq mais
six cours à décrire. Dans l'ensemble, je les ai tous plus ou moins aimés et voici donc un
petit palmarès.
Prendre un cours appelé
"Thème choisi en histoire américaine", c'est comme acheter une
pochette surprise à la boulangerie, il est difficile de savoir à quoi s'attendre. C'est pourquoi quand je sus que le fameux thème était
"Histoire diplomatique des États-Unis au XIXe siècle", le doute commença à s'immiscer dans mon esprit. Heureusement, le cours s'est révélé assez excellent, présentant un sujet intéressant par une approche originale, se centrant autour des
relations diplomatiques, habituellement considérées comme un élément secondaire des
dynamiques politiques. On apprend ainsi que les
États-Unis commencèrent leur histoire comme un pays faible dont la première préoccupation était d'empêcher un retour des puissances coloniales européennes tout en s'affirmant comme une
nation viable. Ensuite, la diplomatie fut mise en œuvre de façon concurrente ou complémentaire à la force pour agrandir les
13 colonies. Déportation des
Indiens, relations ambigües avec la
Grande-bretagne et la France qui vendra malgré tout la
Louisiane, guerre avec le
Mexique et l'
Espagne. On constate que le cynisme et les magouilles en politiques étrangères sont une longue tradition américaine dans laquelle l'
administration Bush n'a fait que brillamment s'inscrire.
À la fin du siècle le pays s'affirme comme une
puissance impérialiste de rang mondial, il aura fallu cent ans, ou douze séances, chacune durant certes trois heures.
Toutefois, face à l'analyse en profondeur offerte par un
professeur toujours charismatique, affrontant la mort par tabagie à chaque cours, cela restera sans doute un souvenir très positif. Jamais sans doute je n'ai entendu des
quintes de toux incessantes ayant une telle portée historique !
Pour continuer dans l'
américanocentrisme, parlons maintenant du cours répondant au doux nom de
"Vie politique au États-Unis". Là encore le prof est un type très sympathique qui gagnerait toutefois à maitriser sa consommation de
sirop d'érable et de
poutine de façon un peu plus forte. Ce jeune chercheur présente un panorama assez complet des enjeux actuels de la
vie publique aux États-Unis, du contrôle des armes au
système électoral en passant par la
condition des minorités et le
complexe militaro-industriel. Par ailleurs, les œuvres recommandées dépassent largement la sphère académique,
films,
séries et même
jeux vidéos sont à un moment ou un autre présentés. Entendre parler de
GTA San Andreas dans le cadre de mon
cursus académique était assez inattendu mais assez sympathique. J'ai bien sûr profité de ce moment qui ne se produira sans doute jamais à
Sciences Po.
Les
lectures, pertinentes et intéressantes, sont déposées par l'enseignant sur internet ce qui offre une commodité de lecture et permet de sauver quelques pièces comme il est d'usage de dire ici.
Enfin, last but not least, le prof est une sorte de
Michelange du Powerpoint, ils sont denses, très bien illustrés et clairs, trois éléments rarement réunis en
France.
Mon cours sur le
système politique et administratif du Canada aurait pu être assez ennuyeux. S'il l'a parfois été, le
doctorant responsable de l'enseignement était la plupart du temps intéressant. Tout en connaissant visiblement son sujet, notamment sur la question des
partenariats public-privé, il n'hésitait pas à ajouter quelques expressions fleuries comme
"j'm'en calice", donnant au cours un
cachet très canadien. Les exposés permettent de ne pas trop oublier la maison et comme ils sont en groupe, c'était une occasion de faire équipe avec deux
Québecoises fort sympathiques pour évoquer les enjeux de l'
Arctique canadien. Par ailleurs, d'autres équipes ont fait des
présentations absolument remarquables, par leur grande qualité ou leur médiocrité, le contraste étant encore plus important qu'à
Paris.
Ainsi, malgré l'
horaire tardif, de 19h00 à 22h00, le bilan est plus que positif.
"Le Canada et ses régions", vaste sujet pour ce cours de
géographie, divisé en deux séances hebdomadaires d'une heure et demie. Là encore, les présentations
Powerpoint sont très belles et précises, d'un niveau supérieur à ce qu'on voit en
France, preuve que les nouvelles technologies sont globalement mieux intégrées en
Amérique. En revanche, malgré un
programme large et captivant, la jeune professeure, bien que fort sympathique manque encore de pratique pour apporter une plus-value importante à l'enseignement de ce
cours généraliste. Toutefois, elle s'est révélée beaucoup plus compétente sur son sujet d'expertise, les
politiques urbaines et l'organisation des villes canadiennes. Il fallait bien ça pour faire oublier des bourdes mémorables, comme avoir placé la Polynésie française près du
Viet Nam sur une mappemonde. Une conférencière spécialiste de la
région d'Ottawa ainsi que des visites dans les superbes
musées des civilisations et de la guerre font de ce cours un choix judicieux.
C'est également la première fois que j'ai fait un travail de groupe sans connaitre du tout mon équipe autrement que par courriels pour
cause de voyages.
Étant inscrit en
auditeur libre, j'ai pu assister aux séances d'
"Éthique et affaires publiques" selon mon bon plaisir. Globalement, hormis les dernières semaines, je fus assez assidu, provoquant l'incompréhension de certains condisciples. Il est vrai qu'un cours de 3 heures finissant à
22h n'est pas toujours agréable. Le prof, un
ancien haut fonctionnaire, ayant visiblement une belle carrière derrière lui et une importante expertise en matière d'éthique publique n'avait pas un don inné pour les performances scéniques. Ce manque de charisme était néanmoins compensé par un contenu riche et là encore de beaux
Powerpoint. Point fort de ce cours, les
invités se sont révélés excellents, le prof n'hésitant pas à utiliser pleinement son riche carnet d'adresse. Ainsi, la
chancelière de l'université d'Ottawa, un
ancien ambassadeur, un
duo de hauts fonctionnaires, un
jeune officier tout juste rentré d'
Afghanistan sont venus présenter leurs activités et leur
implications éthiques, sans oublier la charmante
fille du professeur,
procureur en Ontario.
Enfin, le petit groupe d'étudiants s'est parfois montré haut en couleur, un étudiant essayant de convaincre le professeur de la nécessité pour les pouvoirs publics de lutter plus sévèrement contre la
sorcellerie en Afrique. Les deux heures restantes suffirent à peine à certains étudiants pour s'en remettre.
Pour finir, j'ai également participé à un
groupe d'anglais ayant lieu deux fois par semaine. L'
enseignante était fort intéressante, impeccablement habillée avec une
classe très britannique. Les exercices n'étaient pas toujours passionnants, notamment lorsqu'ils consistaient à converser avec son voisin sur des sujets complètement baroques pour améliorer nos
"speaking skills". Très bonne utilisation de la technologie cependant, des
quizz web basés sur des
enregistrements audio ou vidéo canadiens souvent originaux et instructifs ainsi que des
"recording classes" pour s'entendre parler, corriger les erreurs et acquérir un
meilleur accent. Lors des présentations orales, mon
exposé devenu classique, puisque je l'ai désormais utilisé quatre fois, sur l'importance architecturale des
monuments parisiens a très bien marché, ce qui fait toujours plaisir. De plus le contexte rendait ainsi mon accent français toujours tenace plus excusable.
C'est tout pour aujourd'hui, merci aux
courageux lecteurs qui seront venus jusque ici. Malheureusement, la lecture de cet article ne donne droit à aucune attribution de
crédits universitaires.